13/11/2006

DANS PARIS

Il y a des ces films qui ne vous laisse pas indifférent sans trop savoir pourquoi, sans trop comprendre ce qui vous a touché.

Dans Paris, en fait partie...




Paul (Romain Duris) vient de se faire larguer par sa grande histoire d’amour (Joana Preiss). Il retourne chez son père (Guy Marchand ), où loge aussi son petit frère Jonathan (Louis Garrel). Alors que ce dernier, séducteur effréné, parcours Paris au gré de ses rencontres amoureuses, Paul tourne en rond dans sa douleur.

En parcourant l’échelle des sentiments amoureux, du désespoir le plus profond jusqu’à la passion heureuse, Christophe Honoré transforme Dans Paris en une géographie émotionnelle, joyeusement situ. D’un côté, l’appartement et la famille sont un enfermement douloureux, bien que nécessaire, à Paul. De l’autre, Jonathan parcours Paris, qui devient sous ses pieds une scène ouverte pour les rencontres, l’explosion de la vie. Acteur burlesque par nature, Louis Garrel est formidable en pierrot amoureux des femmes. La mise en scène elle-même différencie ces deux pôles : narrateur du film, Louis Garrel s’adresse aux spectateurs face caméra au début du film, puis, au fur et a mesure, s’affirme en electron libre, filmé en accéléré, bavard ou muet, dans une quête insatiable, effrénée et hilarante de désir.

Pour filmer la dépression, Honoré transforme littéralement Romain Duris en pur bloc de douleur, et trouve encore une fois des idées de mise en scène aussi lumineuses que radicales. Lorsque Paul se passe un vieux 33 tours de Kim Wilde, la chanson se joue dans son intégralité, et il se met à chantonner et à se trémousser sur le fil du ridicule, comme on l’imagine dans son adolescence. Comment mieux exprimer, en une scène magistrale et bouleversante, le besoin d’enfermement et de retour sur soi dans la douleur ? Obligé d’explorer une part de lui-même inédite au cinéma, Romain Duris est tout simplement fabuleux, offrant au film ses moment de grâce les plus intenses.

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